La servitude volontaire au numérique : quand nous renonçons à nous-mêmes
- Rédaction Logos

- il y a 12 heures
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Par Killian Brand - Journaliste citoyen

Nous vivons à une époque qui se croit libre. Libre de s’exprimer, de s’informer, de communiquer sans limites. Pourtant, jamais l’homme n’a été aussi dépendant. Le numérique, censé nous libérer, est devenu pour beaucoup une laisse invisible. Et le plus inquiétant, c’est que cette servitude est volontaire.
Personne ne nous oblige à consulter nos écrans des dizaines de fois par jour. Personne ne nous force à nous perdre dans des flux infinis d’images, d’opinions et de distractions. Nous le faisons parce que c’est facile, confortable, rassurant. Comme l’écrivait déjà La Boétie, le pouvoir le plus efficace est celui que l’on accepte sans contrainte.
Le confort comme nouvelle chaîne
Le numérique ne domine pas par la violence, mais par le plaisir. Notifications, “likes”, vidéos courtes : tout est conçu pour capter l’attention et éviter l’effort. Résultat : l’homme moderne fuit le silence, la lenteur, la réflexion. Il préfère réagir plutôt que penser.
Cette logique affaiblit la volonté. Elle transforme l’individu en spectateur permanent de sa propre vie. Le temps n’est plus vécu, il est consommé. Et celui qui ne maîtrise plus son temps ne se possède plus lui-même.
Redevenir maître de soi
Les stoïciens nous rappellent une vérité simple et exigeante : la liberté commence à l’intérieur. Épictète insistait sur la distinction fondamentale entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas. Or aujourd’hui, nous laissons des forces extérieures, algorithmes, tendances, émotions collectives, gouverner ce qui devrait être le plus intime : notre attention.
Être stoïcien à l’ère numérique, c’est refuser cette dispersion permanente. C’est accepter la frustration du manque, la discipline du retrait, la rigueur de la mesure. Ce n’est pas fuir le monde, mais y rester droit, sans se laisser happer.
Une fracture civilisationnelle
D’un point de vue plus politique et culturel, la servitude numérique participe à une crise plus large. Elle fragilise les structures qui donnent sens et stabilité : la famille, la transmission, l’autorité, le rapport au réel.
Un individu constamment distrait est plus influençable, plus instable, plus dépendant.
La droiture s’inscrit dans le fait que la liberté n’est pas l’absence de limites, mais la capacité à s’imposer des règles. Sans ordre intérieur, il n’y a pas de liberté durable. Le numérique sans frein favorise l’immédiateté, l’émotion et la confusion, tout ce qui s’oppose à la responsabilité et à l’enracinement.
Résister, ici et maintenant
Résister à la servitude volontaire au numérique n’est pas un geste spectaculaire. C’est une discipline quotidienne. Éteindre plutôt que consulter. Lire plutôt que scroller. Se taire plutôt que commenter. Choisir la profondeur plutôt que la vitesse.
Dans un monde qui pousse à la facilité, cette retenue est presque subversive. Elle est stoïcienne par sa rigueur, et conservatrice par son souci de préserver ce qui élève l’homme.
La technologie n’est pas le problème. Le renoncement à la maîtrise de soi, oui.
Et tant que l’homme ne se gouvernera pas lui-même, aucune innovation ne le rendra libre







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