Le géomètre foudroyé
- Rédaction Logos

- 5 déc. 2025
- 2 min de lecture
Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS

Il y a des scènes, dans la vie, qui ressemblent à des paraboles sans qu’on s’en rende compte. Elles ont la netteté des mythes, la simplicité des évidences et cette brusque intensité qui force l’esprit à se détourner de ses automatismes .Celle du géomètre frappé par la foudre, au sommet d’une colline, en fait partie.
On pourrait croire à un accident. On aurait tort.
Car ce géomètre n’était pas seulement un homme qui mesurait la terre : il incarnait cette conviction moderne, rassurante et fragile, que tout peut être compris, cartographié, ordonné. Il montait pour stabiliser le réel, pour lui donner une forme, pour inscrire dans son carnet la preuve que la raison demeure toujours souveraine.
Mais au sommet, ce n’est pas le paysage qu’il a mesuré :c’est le ciel qui l’a mesuré lui.
La foudre, cet éclair vertical, brutal, sans compromis, n’a pas cherché à le détruire.
Elle l’a touché comme on fracture une certitude. Elle a frappé non son corps, mais son monde intérieur : celui où la maîtrise tient lieu de refuge, où la méthode remplace la profondeur, où la précision devient un paravent contre le mystère.
Et, paradoxalement, c’est en tombant qu’il s’est relevé.
Car il existe des hauteurs où la connaissance ne se conquiert pas, elle se reçoit.
Des lieux où l’intelligence cesse d’être un outil pour devenir une écoute.
Des instants où l’on comprend, avec une lucidité presque douloureuse, que la vérité n’est jamais un territoire mais une rencontre, brève et fulgurante.
Le géomètre n’est pas descendu vaincu. Il est descendu transformé.
Il avait perdu ses instruments, mais gagné une clarté. Il ne pouvait plus compter le monde, mais il pouvait le voir. Il ne détenait plus la précision, mais il tenait enfin le sens.
Et c’est peut-être cela, au fond, la condition humaine :avancer avec nos compas fragiles, croyant maîtriser le relief, jusqu’au jour où quelque chose, la vie, le destin, un choc, un éclair, nous rappelle que nous ne vivons pas dans un espace géométrique mais dans un espace intérieur. Un espace où l’on ne gagne pas en exactitude, mais en profondeur.
Où la vraie connaissance n’agrandit pas notre domaine : elle agrandit notre âme.
Le géomètre foudroyé n’a pas été puni. Il a été initié.
Il a rencontré non pas la mort, mais la lumière. Non pas le chaos, mais la limite. Non pas l’abandon des certitudes, mais l’ouverture d’une vérité plus large que lui.
Et peut-être que, dans nos existences saturées de maîtrise et d’angoisse, de calculs et de rigidités, nous aurions besoin, parfois, d’un éclair, non pour nous détruire, mais pour nous réveiller.
À Jean-Claude







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