Quand Genève et la Suisse manquent d’audace architecturale
- Rédaction Logos

- 4 sept.
- 2 min de lecture
Par Gilles Brand – Logos

Il arrive que les diagnostics se rejoignent entre la voix citoyenne et la voix professionnelle. Logos, dans une récente tribune (« Genève, ce que l’audace architecturale aurait pu être… »), relevait combien notre ville s’est figée dans une architecture banale : cubes de verre, façades sans caractère, prudence poussée à l’extrême. Hier, l’architecte de renommée internationale Pierre de Meuron confirmait ce constat à l’échelle nationale, affirmant sur la RTS que, « entre le lac de Constance et le Léman, il y a trop de bâtiments qui manquent d’esthétisme ».
Deux voix différentes, une même inquiétude : l’urbanisme suisse se contente trop souvent du fonctionnel, de la norme, du compromis.
À Genève, l’audace semble avoir disparu. Là où d’autres villes osent des bâtiments qui marquent l’imaginaire collectif, Genève accumule les volumes interchangeables. Une neutralité devenue paysage, comme si l’absence de style était devenue une esthétique en soi. Pierre de Meuron le dit autrement : sur tout le Plateau suisse, on construit sans regard, sans vision d’ensemble, sans désir d’émotion.
La situation genevoise est aggravée par la zone de développement, ce cadre réglementaire censé favoriser la construction de logements, mais qui en pratique uniformise les formes, nivelle les ambitions et encourage une pauvreté architecturale faite de compromis techniques et de rendements maximisés.
Ne pas la cultiver, c’est renoncer à une part de notre identité.
Pourquoi n’osons-nous plus ?
La réponse est à chercher du côté des contraintes techniques et financières, mais aussi dans notre culture politique :
La peur du conflit : à force de vouloir satisfaire tout le monde, on finit par produire des formes neutres.
Les normes et procédures : elles garantissent la sécurité mais étouffent la créativité.
La zone de développement : conçue pour accélérer la production de logements, elle devient une fabrique d’uniformité.
Le manque de vision : les décideurs manquent souvent de culture architecturale et se réfugient dans le standard.
Audace et identité
Pourtant, une ville vit aussi de son esthétique. L’architecture est un langage : elle dit qui nous sommes, ce que nous croyons possible, la trace que nous voulons laisser. Genève, si riche en patrimoine historique, ne peut se contenter de la banalité contemporaine. La Suisse, qui a produit des architectes de renommée mondiale, ne peut tolérer que l’ordinaire devienne son horizon.
Retrouver le souffle
Que faudrait-il ?
Des appels à projets qui valorisent la créativité plutôt que la conformité.
Des jurys courageux, capables de choisir l’audace plutôt que le consensus.
Une culture citoyenne et politique de l’architecture, qui ne réduise pas le bâtiment à sa seule fonction mais le considère comme un bien commun esthétique.
Une réforme profonde de la zone de développement, pour en faire non plus une machine à produire des mètres carrés standardisés, mais un laboratoire d’architecture vivante et ambitieuse.
Lorsque Logos dénonce la banalité genevoise et que Pierre de Meuron critique le manque d’esthétisme national, c’est la même alerte qui résonne : nous n’osons plus. Or, sans audace, une ville s’éteint. L’architecture n’est pas un luxe : c’est une forme de langage, de poésie en pierre et en verre, qui dit au monde qui nous sommes.
Ne pas la cultiver, c’est renoncer à une part de notre identité.





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