Tribune - Quand la justice devient instrument : la procédure au service du ressentiment
- Rédaction Logos

- 18 août
- 2 min de lecture
Par Gilles Brand – Logos, Tribune philosophique

Il est des procédures qui, au lieu de résoudre, prolongent. Des litiges qui, au lieu de s’apaiser, s’enracinent dans une logique de rapport de force. Des situations où le droit n’est plus une instance de règlement, mais un outil parmi d’autres dans une stratégie d’épuisement, de pression, voire de revanche.
Dans le contexte de certains divorces conflictuels, cette dérive est manifeste. La justice n’est pas en cause en tant qu’institution. Mais elle est parfois capturée, utilisée, dévoyée par des logiques privées, souvent guidées par l’orgueil blessé, la rancune… ou l’intérêt.
Procédure contre pacification
Ce qui pourrait être réglé rapidement — par accord, discernement et bonne foi — devient un champ d’opérations procédurales. On temporise, on renvoie, on multiplie les échanges, on pousse la partie adverse à la fatigue psychologique ou à l’erreur. Le droit devient alors un outil d’usure.
Et dans certains cas, l’objectif réel n’est plus la justice, mais le gain, la domination ou la revanche.
C’est là que l’on quitte le champ de la légitimité morale. Non pas parce que la justice trahirait sa vocation, mais parce que certains font profession de sa manipulation. Et parfois avec la complicité tacite d’un système qui récompense plus la longueur d’un dossier que sa justesse.
Un usage dévoyé du droit est une trahison de son esprit.
Le divorce n’est pas une guerre, c’est une transition difficile qui devrait appeler à la mesure, au respect et à la dignité. Or, lorsque la procédure est détournée pour servir une stratégie de ressentiment, c’est la justice elle-même qui se trouve instrumentalisée.
« Ce qui ne relève ni de la vertu ni de la justice n’a pas sa place dans l’âme. » – Marc Aurèle
Cette citation stoïcienne n’a rien perdu de sa pertinence. Car lorsque le processus judiciaire est vidé de son éthique au profit de logiques calculatrices, ce n’est pas seulement la confiance qui s’effrite, mais l’idée même de justice.
Ce n’est pas la justice qu’il faut réformer, mais l’usage que certains en font
Dans une société de droit, la justice doit rester une boussole morale, pas une arme tactique. Et il faut le dire : prolonger artificiellement une procédure, dissimuler des informations, abuser de la rhétorique juridique au profit d’une seule partie, ce n’est pas exercer le droit, c’est le détourner.
Ce n’est pas une question de compétence ou de stratégie. C’est une question de responsabilité morale.
Honneur soit rendu, cependant, à celles et ceux, magistrats comme avocats, qui exercent leur métier avec éthique, humanisme, et le souci sincère du juste. Ils incarnent, parfois dans l’ombre, ce que la justice devrait être en toute circonstance : un service du bien, non une arène d’intérêts.
Dans un monde où la complexité juridique tend à masquer les intentions, il est urgent de réaffirmer que le droit ne vaut que s’il est orienté vers la paix, la vérité, et la dignité des personnes.
Et qu’en matière de divorce, plus encore que dans d’autres conflits, la hauteur d’âme doit rester la condition du droit.






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