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Capitaine, mon capitaine

  • Photo du rédacteur: Rédaction Logos
    Rédaction Logos
  • il y a 9 heures
  • 2 min de lecture

De la figure du guide à l’époque sans boussole

Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS



« Capitaine, mon capitaine… »

Ce cri n’est pas seulement celui d’un élève face à son professeur.

Il est celui d’une génération qui cherche une verticalité.

On le croit sentimental. Il est profondément politique.

Dans le poème de Walt Whitman, écrit à la mort de Abraham Lincoln, le capitaine est tombé au moment même où le navire atteignait le port.

La victoire est là. Mais le guide n’est plus.

Depuis, nous répétons ces mots comme une formule mélancolique.

Mais savons-nous encore ce qu’ils signifient ?


La fin des capitaines

Un capitaine n’est pas un tyran. Il est celui qui tient la barre quand la mer se déchaîne.

Il ne promet pas l’absence de tempête. Il promet de ne pas lâcher le gouvernail.

Or notre époque se méfie des capitaines. Elle préfère les gestionnaires.

Elle préfère les algorithmes. Elle préfère l' horizontalité rassurante des réseaux.

Mais une société sans figures d’autorité assumée finit par dériver.

Non parce qu’elle manque d’opinions. Mais parce qu’elle manque de direction.


Autorité ou domination ?

Nous avons confondu l’autorité avec l’abus.

L’autorité véritable ne s’impose pas par la force. Elle s’impose par la cohérence.

Elle n’écrase pas. Elle élève.

Le capitaine authentique n’exige pas l’obéissance aveugle. Il inspire la confiance.

Dans l’éducation, dans la politique, dans la culture, cette figure s’efface.

On redoute la verticalité. On la soupçonne immédiatement.

Pourtant, sans verticalité, il n’y a pas de transmission.


La tentation du vide

Une époque qui ne veut plus de capitaines crée un vide.

Et le vide, lui, attire toujours quelque chose :le populisme, la brutalité, ou la technocratie froide.

Lorsque la parole ferme et juste disparaît, ce sont les voix les plus extrêmes qui prennent la barre.

Refuser toute autorité n’aboutit pas à la liberté. Cela aboutit à la confusion.


Se lever sur les tables

Dans l’imaginaire contemporain, on associe ces mots à un professeur iconoclaste, dans le film Dead Poets Society.

Les élèves se lèvent sur leurs tables et murmurent :« Capitaine, mon capitaine. »

Ce n’est pas un geste d’obéissance. C’est un geste de reconnaissance.

Ils reconnaissent en lui quelqu’un qui a osé penser librement.

Quelqu’un qui a tenu la barre intérieure.

Voilà peut-être la leçon.

Le capitaine n’est pas celui qui domine les autres. Il est celui qui a vaincu sa propre peur.

Qui tient la barre ?

Notre époque aime déconstruire. Elle aime dénoncer. Elle aime horizontaliser.

Mais elle oublie parfois de construire.

Qui tient la barre aujourd’hui ? Qui assume la responsabilité de dire : « Voilà le cap » ?

Une démocratie mature n’a pas besoin d’hommes providentiels. Mais elle a besoin de figures droites.


La liberté ne supprime pas la hiérarchie du sens. Elle la rend plus exigeante.

« Capitaine, mon capitaine… »

Ce cri n’est pas la nostalgie d’un chef. Il est le désir d’une exigence.

Il nous rappelle qu’un monde sans repères n’est pas un monde libre.

C’est un monde à la dérive.


La question n’est pas de savoir si nous voulons encore des capitaines.

La question est de savoir si nous sommes prêts à le devenir, chacun à notre place.


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