Clandestin : l’aveu que nous ne faisons jamais
- Rédaction Logos

- il y a 1 jour
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Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS

CLANDESTIN Carbone/Carbone
On a tous en nous, caché quelque part,
Un sentiment voyou, un amour bizarre.
On a tous quelque part, un amour fou.
On a tous, caché en nous, un secret, un hasard,
Que jamais l’on avoue, que jamais l’on avoue.
Toi qui n’en sais rien, toi qui n’en peux rien,
Crois-tu au destin ? Fais-tu mine de rien ?
Que fais-tu de nous, sans nous ?
Crois-tu qu’il est fou d’être aussi jaloux
D’un silence ? D’un petit rien ? Rien que pour toi,
Mon amour clandestin.
On a tous en nous, caché quelque part,
Un sentiment voyou, un amour bizarre.
On a tous quelque part un amour fou.
On a tous caché en nous, un regret, un hasard,
Que jamais l’on avoue, que jamais l’on avoue.
La répétition comme confession collective
Ce qui frappe d’abord, c’est cette insistance : On a tous…La chanson n’accuse personne. Elle inclut. Elle rassemble. Elle absout presque.
Le sentiment voyou n’est pas marginal : il est universel. L’amour bizarre n’est pas une anomalie : il est constitutif de l’expérience humaine.
Manu Carbone ne parle pas d’un scandale. Il parle d’un secret. Et un secret, par définition, n’a pas besoin d’être spectaculaire pour être bouleversant.
L’amour qui n’a pas de place
« Que fais-tu de nous, sans nous ? »
Cette question contient tout. Elle interroge ces relations sans statut, ces élans sans avenir clair, ces attachements qui n’entrent dans aucune case sociale.
Nous vivons à l’ère de l’officialisation permanente : relation définie, statut affiché, visibilité numérique. Or « Clandestin » rappelle que certains sentiments ne cherchent pas la lumière.
Ils cherchent seulement à être vrais.
Jaloux d’un silence
La jalousie ici ne porte pas sur un rival concret, mais sur un silence. Sur un petit rien.
Cette subtilité est remarquable. Elle dit que l’amour clandestin n’est pas possession. Il est attente. Il est tension. Il est espace vide chargé de sens.
Être jaloux d’un silence, c’est reconnaître que l’absence peut être plus dense qu’une présence.
Une anthropologie du secret
La dernière strophe introduit un mot essentiel : regret. L’amour clandestin n’est pas seulement désir ; il peut devenir mémoire.
Nous avons tous, écrit Carbone, un regret que jamais l’on n’avoue.
Peut-être parce que l’aveu le rendrait banal.
Peut-être parce que le silence le protège.
La clandestinité n’est pas toujours faute. Elle est parfois pudeur.
Ce que cette chanson nous dit
LOGOS aime les textes qui parlent à voix basse et touchent au centre.« Clandestin » est de ceux-là.
Il nous rappelle que nous ne sommes pas faits uniquement de décisions assumées et de choix proclamés. Nous sommes aussi faits d’ombres, d’hésitations, de sentiments suspendus.
Et peut-être que cette part voyou, cette part non avouée, n’est pas ce qui nous abîme.
Peut-être est-ce ce qui nous humanise.
Car au fond, ce qui est clandestin n’est pas toujours interdit.
C’est parfois simplement ce que nous n’avons jamais osé dire.







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