Edito: Genève face à son miroir : quand la politique oublie la philosophie
- Rédaction Logos

- 29 oct.
- 3 min de lecture
Par Gilles Brand - rédacteur LOGOS

Genève s’éveille à un chiffre brutal : 600 à 700 millions de francs de déficit annoncés pour l’an prochain.
Mais ce chiffre, à lui seul, n’est pas le problème : c’est ce qu’il révèle.
Car derrière les bilans comptables se cache un déséquilibre bien plus profond : celui d’une cité qui ne sait plus ce qu’elle veut être.
Les dépenses augmentent, les recettes fléchissent, les bénéfices des entreprises s’amenuisent ; et chacun, dans son couloir institutionnel, cherche une explication technique. Mais la vérité est politique, au sens noble du terme : une communauté sans projet devient mécaniquement déficitaire.
Le déficit d’idées précède toujours le déficit budgétaire
Ce que nous voyons aujourd’hui n’est pas une faillite financière, c’est une crise de sens.
Nous avons multiplié les dispositifs, les politiques sectorielles, les promesses d’inclusion, sans jamais redire clairement quelle vision du bien commun nous animait.
Or, une cité ne se gouverne pas comme une entreprise ni comme une ONG. Elle se gouverne selon une philosophie du juste équilibre : Entre le possible et le souhaitable, entre l’aide et la responsabilité, entre la solidarité et la mesure.
Le philosophe Aristote rappelait que la cité ne doit pas viser la richesse, mais le bonheur partagé, cette “eudaimonia” que seule la vertu collective rend durable.
Aujourd’hui, Genève semble chercher sa vertu comme on cherche un équilibre budgétaire : en chiffres, pas en convictions.
L’État social est devenu un rituel, presque une religion : on promet, on étend, on distribue.
Mais la politique sans hiérarchie des priorités n’est plus du courage, c’est de la gestion molle. Elle flatte au lieu d’élever, rassure au lieu d’éclairer.
Les gouvernements passent, et tous prétendent servir l’intérêt général, alors qu’ils ne font souvent que retarder l’inévitable : la remise en cause du modèle.
Car l’État n’a pas vocation à tout réparer, mais à rendre le citoyen capable de se tenir debout et d'être responsable.
La philosophie politique n’est pas un luxe ; c’est le socle même du politique.
C’est elle qui enseigne la prudence (phronèsis), la tempérance et la justice, ces vertus qui donnent forme à la liberté collective.
Or, nous en sommes loin. Nous produisons des budgets sans horizon, des plans sans boussole, des discours sans âme. Nous avons remplacé la délibération par la communication, la vision par la procédure.
Il ne s’agit pas de condamner, mais d’alerter : une démocratie sans réflexion devient comptable de sa propre dérive. Et lorsque le langage politique se vide, ce sont les chiffres qui gouvernent à sa place.
Redonnons à Genève son sens du commun
Ce déficit n’est pas une fatalité. Il peut être une épreuve de vérité.
Celle d’une cité qui accepte de se regarder en face, d’admettre que l’équilibre budgétaire ne reviendra pas par décret, mais par clarification morale :
Que voulons-nous vraiment financer ? Pour qui ? Et au nom de quelle idée du bien commun ?
La réponse n’appartient pas aux technocrates, mais à la cité tout entière.
Elle suppose un sursaut, une refondation : une politique qui assume sa dimension philosophique, qui relie les chiffres au sens, les choix à la vertu, la dépense à la responsabilité.
Genève fut jadis une République d’idées avant d’être un canton prospère.
Elle le redeviendra si elle comprend que la première richesse d’un peuple n’est pas son budget, mais sa capacité à penser son destin ensemble.






En effet on ne crée plus, on ne pense plus on s’accroche à son siège et on essaye de tenir jusqu’à la prochaine élection .