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Edito : Quand les soignants deviennent suspects

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    Rédaction Logos
  • 4 nov.
  • 2 min de lecture

Par Gilles Brand - rédacteur LOGOS


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Il fut un temps où le médecin incarnait la confiance.

Celle du malade, qui lui confiait sa vie.

Celle de la société, qui voyait en lui le gardien du lien invisible entre la science et la compassion.


Mais voici que le soupçon s’est invité dans la relation.

Sous prétexte de transparence, la régulation financière s’est faite surveillance morale.

Les assureurs, au nom de la conformité, revoient les tarifs, imposent des plateformes, dictent la valeur d’un acte, la dignité d’un geste.

Les soignants, eux, se retrouvent pris dans l’étau d’un système où l’acte médical n’est plus qu’un code tarifaire.


Or, comme l’écrivait le philosophe Emmanuel Levinas, « la responsabilité pour autrui précède la liberté ».

Le médecin ne soigne pas pour lui-même, mais pour l’autre.

Et c’est précisément ce qui fait de son métier un acte éthique avant d’être économique.

Lorsque l’on subordonne cette responsabilité à une logique comptable, on abîme la confiance et on transforme le soin en produit.


Ce conflit entre assureurs et praticiens n’est pas seulement un désaccord technique :

c’est le reflet d’un renversement de valeurs.

La société du chiffre veut encadrer ce qui, par essence, échappe à la mesure : le soin, la relation, la présence.

Les autorités réclament la transparence, les caisses l’efficience, mais qui réclame encore l’humanité ?


L’indépendance du médecin n’est pas un privilège : c’est une condition de sa loyauté envers le patient.

Le jour où le praticien devra choisir entre un tarif imposé et la qualité d’un geste, c’est le malade qui en paiera le prix, en confiance perdue, en liberté amputée.


Il est temps de rappeler que la médecine n’est pas une industrie, mais un humanisme appliqué.

Et que les soignants, loin d’être des variables d’ajustement, demeurent les gardiens silencieux d’un bien commun : la dignité de soigner.


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