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Editorial: L’épée ou la main tendue ?

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    Rédaction Logos
  • 30 sept.
  • 3 min de lecture

Par Gilles Brand- Rédacteur LOGOS


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L’Europe est à la croisée des chemins. Face à la montée des tensions internationales, aux guerres à ses frontières, aux menaces terroristes et aux pressions économiques, la tentation est grande : augmenter massivement les budgets militaires.


Mais l’argent n’est pas illimité, et l’arbitrage paraît implacable : financer l’armée en réduisant l’État-providence.


Cette logique, apparemment réaliste, bouleverse pourtant le cœur même du projet démocratique. Car la démocratie européenne s’est construite sur un double pilier : la protection extérieure, qui garantit la survie du corps politique, et la protection intérieure, qui assure à chacun une dignité minimale. Retirer l’un au profit de l’autre, c’est déstabiliser l’édifice.


Les gouvernements rétorqueront qu’il faut vivre « dans la réalité ». Et ils auront raison : les menaces existent, les régimes autoritaires n’attendront pas que l’Europe règle ses débats internes pour avancer leurs pions. Ignorer la nécessité d’une défense crédible serait un aveuglement coupable. Hobbes nous l’a appris : sans sécurité, il n’y a pas de société possible.


Mais le réalisme véritable n’est pas seulement militaire : il est aussi social. Car une société qui ne protège plus ses plus fragiles mine elle-même son unité. Elle nourrit la colère, la défiance, la tentation populiste. Elle engendre une citadelle forte à l’extérieur mais vide à l’intérieur. Platon l’avait pressenti : un peuple qui n’élève que des gardiens finit par être dominé par eux. La force brute, sans justice, se retourne tôt ou tard contre ceux qui l’ont voulue.


C’est pourquoi la vraie question n’est pas : « faut-il l’épée ou la main tendue ? », mais « comment unir l’épée et la main tendue ? ».

Comment assurer la défense sans renoncer à la solidarité ? Comment affronter la menace sans trahir l’idéal démocratique ? Cette tension n’est pas nouvelle, mais elle est aujourd’hui exacerbée par le contexte mondial et par la fragilité croissante de nos institutions.


Or une réponse trop souvent oubliée se trouve ailleurs : dans la responsabilité individuelle et l’esprit créatif. La démocratie n’est pas un simple partage de richesses ou une simple délégation de pouvoir : elle repose sur des citoyens actifs, capables de prendre part au destin commun. Tant que nous penserons que « l’État » providence ou militaire doit tout faire, nous resterons prisonniers de cette logique de vases communicants : plus d’armes, moins de soins ; plus de blindés, moins d’écoles.


La responsabilité individuelle signifie autre chose : que chaque citoyen reconnaît sa part dans la défense de la société, non seulement par le service armé ou la contribution fiscale, mais par son engagement quotidien, par son refus du cynisme, par son attachement au bien commun. C’est une vertu stoïcienne : agir à sa mesure, sans attendre des autres qu’ils portent seuls le poids de la cité.


Quant à l’esprit créatif, il est la ressource inépuisable que possèdent les démocraties et que les régimes autoritaires redoutent. Innover dans les technologies, imaginer de nouvelles formes de coopération, inventer des solidarités inédites, réinventer même les manières de défendre un territoire ou une idée : voilà ce qui fait la différence entre une société vivante et une société mécanique. Les dictatures copient, les démocraties créent.


Oui, nos démocraties sont en danger. Mais elles ne seront pas sauvées uniquement par des chars ni uniquement par des allocations.

Elles le seront par des citoyens responsables et créatifs, capables de comprendre que la liberté est une exigence et non un confort, que la solidarité est un devoir et non une faveur, et que la défense de la cité commence toujours par soi-même.


La véritable question n’est donc pas « comment dépenser plus pour l’armée en dépensant moins pour l’État-providence ? », mais « comment réveiller en chacun la conscience qu’il est, lui aussi, un rempart vivant de la démocratie ? ».


C’est dans ce réveil que se trouve notre avenir.


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