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Editorial : Le silence des pierres

  • Photo du rédacteur: Rédaction Logos
    Rédaction Logos
  • 2 nov.
  • 2 min de lecture

Par Gilles Brand - rédacteur LOGOS


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Il y a, au cœur de Chêne-Bourg, un lieu que l’on traverse rarement sans baisser la voix. Un lieu qui n’appartient ni au passé ni au présent, mais à cette frontière invisible où l’humain apprend à se souvenir : le cimetière communal.


Ce n’est pas un simple terrain clos, ni une suite de stèles c’est un livre de pierre.

Chaque nom y est une phrase interrompue, chaque date une note suspendue dans le grand concert du temps. Dans ce calme, où la rumeur du bourg s’éteint derrière les cyprès, on comprend mieux la fragile continuité de nos vies.


Les anciens savaient que la mémoire d’un village ne se mesure pas à ses constructions les plus récentes, mais à la fidélité qu’il porte à ses morts.

Le cimetière, c’est le visage secret d’une commune : on y lit son histoire, ses lignées, son sens du respect.

Il est le miroir d’une civilisation qui, par pudeur, préfère parfois oublier que l’homme ne s’appartient jamais tout à fait, il se reçoit, il se transmet.


Redécouvrir le cimetière de Chêne-Bourg, c’est renouer avec cette sagesse ancienne : celle qui enseigne que la mémoire est une forme d’avenir.

Pourquoi ne pas, à l’image d’autres communes, ouvrir ses allées à des visites guidées, des lectures, des parcours de mémoire ? Non pas pour faire du tourisme funéraire, mais pour apprendre à regarder autrement ce que nous fuyons : la trace, la filiation, le temps qui passe.


Marc Aurèle, méditant sur la mort, écrivait : « Tout ce qui arrive, arrive selon la nature ; et bientôt, ce que tu vois aura disparu, comme ceux qui t’ont précédé. »

Mais dans cette disparition, il y a une leçon : rien n’est perdu si l’on se souvient avec justesse.


Le cimetière n’est pas la fin ; c’est le témoin. Et Chêne-Bourg, en lui prêtant attention, se souviendrait peut-être d’une chose essentielle : qu’une communauté se mesure non à ce qu’elle bâtit, mais à ce qu’elle honore.


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