Editorial : Préserver la lumière dans les ténèbres
- Rédaction Logos

- 13 août
- 2 min de lecture
Par Gilles Brand – Logos, Tribune philosophique

Ils sont là, blottis au fond d’un couloir étroit, comme acculés par une menace invisible. L’un tient une chandelle, fragile flamme entourée d’ombres épaisses. Les visages expriment la peur, la vigilance, mais aussi une tension silencieuse : celle de ceux qui savent que, dans l’obscurité, tout peut basculer.
Cette scène pourrait être un simple fragment de vie domestique au XVIIIᵉ siècle, mais elle résonne aujourd’hui comme une parabole de notre époque. La lumière vacillante de cette chandelle, c’est ce qu’il nous reste de civilisation, de paix, de dialogue. Les ténèbres autour, ce sont les cris de guerre qui se rapprochent, les conflits qui s’enchaînent, la brutalité qui s’infiltre partout, en Ukraine, au Proche-Orient, en Afrique, et dans les discours mêmes de nos dirigeants.
Pourtant, l’histoire nous enseigne que les plus grandes ténèbres n’ont jamais éteint toutes les lumières
Chaque visage, figé dans cette peinture, devient un miroir. Le garçon à la fourche incarne la tentation de la défense armée, légitime mais périlleuse. L’homme qui porte la chandelle représente la responsabilité : éclairer le chemin, même si la main tremble. Les enfants aux regards écarquillés symbolisent nos générations futures, condamnées à hériter de ce que nous aurons préservé… ou laissé s’éteindre.
Ce tableau nous rappelle que la lumière n’est jamais acquise. Elle est toujours encerclée par les ténèbres, toujours menacée par le vent du chaos. Mais tant qu’une main, même hésitante, la porte en avant, il reste une chance. Notre rôle, face à la montée de la haine et des logiques de puissance, est de devenir chacun un porteur de flamme : non pas pour éclairer nos seules peurs, mais pour ouvrir un passage.
Dans ce couloir étroit qu’est devenu notre monde, les murs se rapprochent, l’air se raréfie, et les forces de destruction nous pressent. Pourtant, l’histoire nous enseigne que les plus grandes ténèbres n’ont jamais éteint toutes les lumières. Encore faut-il que nous acceptions, à notre tour, de tenir cette chandelle. Pas pour nous seuls, mais pour ceux qui viennent après nous.
Si la géopolitique actuelle semble vouée à l’escalade, il nous reste la responsabilité d’un autre choix : préserver l’humanité, la dignité et la parole libre. Ce n’est pas un luxe moral, c’est une nécessité vitale. Car dans les couloirs étroits de l’histoire, les civilisations survivent ou disparaissent selon la force de leur lumière, et selon la volonté de ceux qui refusent de la laisser s’éteindre.






Commentaires