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Genève : la ville qui sature, la ville qui s’effondre, la ville qui rêve d’un métro

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    Rédaction Logos
  • il y a 5 jours
  • 3 min de lecture

Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS


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Genève n’avance plus : elle sature. Voitures, vélos, trottinettes, bus, piétons, tout le monde circule, et plus rien ne circule vraiment. La voirie genevoise est devenue un organisme à bout de souffle, incapable d’absorber l’ensemble des mobilités qui l’habitent. Elle ploie, grince, se fracture.

Genève ne se contente plus d’être congestionnée : elle collapse.


Ce n’est pas seulement une crise de trafic. C’est une crise de cohérence.

Une crise de vision. Une crise politique.

Depuis des années, la même scène se rejoue : on déplace un potelet, on peint une bande, on retire une place de parc, on ajoute un pictogramme, et l’on appelle cela une politique publique. Genève ne planifie pas : elle réagit. Elle répare, jamais elle ne construit.

Et soudain, au milieu de cet effondrement de surface, un mot réapparaît : métro.


Le métro : le retour d’un interdit

Le projet LJLS, ce réseau souterrain reliant le Jura au Salève, ressurgit comme une promesse d’avenir. Genève ose de nouveau imaginer la troisième dimension. Un réseau indépendant des conflits de surface. Un geste d’infrastructure d’envergure métropolitaine.

Mais l’horizon annoncé 2045, peut-être 2050, sonne comme un rappel cruel : Genève s’effondre aujourd’hui. Genève rêve pour demain.

Le métro est un possible, pas une solution immédiate. Il peut devenir une révolution… ou un alibi.


Le présent ne tient plus : l’espace public craque

Ce qui s’effondre dans la mobilité genevoise, ce n’est pas seulement la fluidité :c’est l’idée même qu’une ville puisse partager son espace sans se disloquer.

  • Les voitures ne trouvent plus de continuité.

  • Les bus se coincent dans les mêmes files que les automobilistes.

  • Les cyclistes et les scooters slaloment entre obstacles et tensions.

  • Les piétons traversent des flux qui ne les voient plus.

  • Les trottinettes colonisent les interstices.


La ville entière agit comme un système saturé, incapable de digérer sa propre circulation.

La voirie genevoise n’est plus un espace commun : c’est un champ de collision permanente.


Le métro ne suffira pas. Mais il peut tout changer.

Un métro ne sert à rien si la surface continue de s’effondrer. Mais il peut changer tout, si et seulement si Genève assume enfin une vision à la hauteur de sa densité et de son rôle métropolitain.


Cela demande :

  • Une hiérarchisation ferme de la voirie (et non un compromis perpétuel entre intérêts opposés).

  • Des transports publics autonomes, sur des voies dédiées, réellement prioritaires.

  • Des mobilités actives continues et lisibles, pas des labyrinthes d’évitement.

  • Un urbanisme de long terme, cohérent, transfrontalier, assumé.

  • Une gouvernance stable, qui pense au siècle plutôt qu’au sondage.

  • Un financement clair, transparent, crédible.


Le métro doit devenir l’axe vertébral d’une ville recomposée, pas une utopie qui anesthésie l’action.


La question éthique : pour qui construit-on la mobilité ?

Levinas écrivait que « la responsabilité pour autrui précède la liberté ».La mobilité urbaine, c’est exactement cela : la responsabilité de permettre à chacun de vivre, travailler, aimer, se déplacer dans la dignité.

Une ville qui collapse condamne d’abord les plus vulnérables. Une ville qui se reconstruit élève tout le monde.


Genève entre deux récits

Soit Genève continue son effondrement, gérée au millimètre, bricolée au quotidien.

Soit Genève assume qu’elle n’est plus une ville de 200 000 habitants, mais une métropole d’un million d’âmes.


Le métro ouvre une brèche dans la fatalité. À Genève maintenant de décider si cette brèche devient une porte…ou un simple trou dans lequel s’engouffreront vingt années supplémentaires de renoncements.



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