Genève : Peut-on tout écrire pour récolter des signatures .... 4 fois non !
- Rédaction Logos

- 19 nov.
- 3 min de lecture
Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS

(Quand la démocratie directe mérite mieux que les slogans)
« La vérité n’a pas besoin d’être maquillée pour convaincre. »
À Genève, le droit de référendum est un joyau démocratique. Il permet à chaque citoyen de dire : je veux que nous revotions ensemble. C’est un droit fondamental, précieux, fragile.
Mais depuis quelque temps, une question dérangeante apparaît : Peut-on vraiment écrire n’importe quoi dans un formulaire de récolte de signatures ? Peut-on exagérer, simplifier, travestir, manipuler ? Peut-on présenter un projet comme une catastrophe imminente, un danger absolu, ou un complot dissimulé, juste pour obtenir une signature ?
Et surtout : jusqu’où ce glissement est-il encore compatible avec l’esprit de notre démocratie directe ?
Non, un formulaire de signatures n’est pas un tract militant
Un référendum n’est pas une campagne. C’est un acte citoyen, un acte juridique. Il vise à demander un vote, pas à influencer un vote.
Pourtant, certains textes de récolte mélangent désormais les deux :ils transforment l’outil institutionnel en instrument d’agitation.
On y lit des prédictions catastrophistes, des accusations graves, des affirmations non vérifiées. On transforme une loi adoptée démocratiquement en menace existentielle. On déforme des décisions pourtant débattues, amendées, contrôlées.
Ce n’est plus de l’information : c’est du récit. Et parfois du récit délibérément biaisé.
Non, la liberté d’expression ne justifie pas tout
Oui, chacun peut s’exprimer. Oui, chacun a le droit d’être en désaccord. Oui, la démocratie directe vit du débat, même vif, même rude.
Mais un formulaire de signatures n’est pas un réseau social. Il engage un acte public : la convocation d’un vote. Et cet acte suppose un minimum de rigueur.
La loi ne dit pas qu’on peut tout écrire. Elle dit, implicitement : on peut informer librement, mais pas tromper volontairement.
Car signer un référendum, ce n’est pas que “donner son avis”. C’est déclencher une procédure officielle, mobiliser des moyens publics, solliciter tout l’électorat.
La liberté n’est jamais l’absence de responsabilité. C’est, au contraire, son fondement.
Non, la dramatisation ne remplace pas la réalité
À Genève comme ailleurs, un nouveau réflexe apparaît :pour obtenir des signatures, il faudrait d’abord fabriquer la peur.
Peur du béton. Peur du chaos. Peur d’un prétendu “coup de force”. Peur d’un avenir qui n’existe que dans les slogans.
On réduit des situations complexes à des caricatures. On efface les démarches institutionnelles, la transparence du processus, les contrôles, les consultations. On oublie volontairement les années de travail, les compromis, les évaluations techniques. On laisse de côté les faits pour ne garder que l’émotion.
Mais la démocratie ne peut pas reposer sur une émotion fabriquée. Elle repose sur la confiance dans la raison collective.
Non, convoquer un référendum n’est pas un jeu politique
Un référendum n’est pas un coup médiatique. Ce n’est pas un test d’influence.
Ce n’est pas un moyen d’obtenir des “likes” ou de valider des identités partisanes.
C’est un acte démocratique majeur, destiné à vérifier si une décision prise par les représentants doit être confirmée ou non par le peuple.
En travestissant l’information pour obtenir des signatures, on affaiblit l’outil qui sert à protéger le peuple.
On menace justement ce que l’on prétend défendre.
La démocratie directe n’est forte que si elle est utilisée avec honnêteté.
Restaurer le sens du vrai
Ce débat dépasse largement la question d’un seul projet. Il interroge notre rapport à la vérité dans l’espace public.
Sommes-nous encore capables d’expliquer une réalité complexe ?
Osons-nous dire : “c’est un débat difficile, nuancé, qui demande de la lucidité” ?
Ou préférons-nous : "manipuler les inquiétudes pour accélérer la récolte" ?
La démocratie n’a pas besoin d’être amplifiée. Elle a besoin d’être respectée.
Respect pour celles et ceux qui signent. Respect pour les institutions qui garantissent nos droits.
Respect pour la vérité, même lorsqu’elle est moins spectaculaire que le slogan.
Car l’avenir d’une cité humaine ne se construit pas sur la peur inventée, mais sur la franchise partagée.






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