top of page

Genève : Le burkini ou le renoncement moral

  • Photo du rédacteur: Rédaction Logos
    Rédaction Logos
  • il y a 2 jours
  • 2 min de lecture

Par Georges Dunand - journaliste citoyen



Il est des moments où une société ne s’effondre pas par fracas, mais par glissement.

Non par violence, mais par justification. Non par contrainte, mais par relativisme.

Le débat sur le burkini à Genève n’est pas un débat textile. Il est un révélateur.


Lorsque l’on affirme que son interdiction serait « une expression de domination patriarcale », on opère un déplacement conceptuel vertigineux : on accuse la norme commune d’être oppressive, et l’on érige le signe religieux différenciant en symbole d’émancipation.

Ce retournement mérite réflexion.


La confusion entre liberté et renoncement

Une société libérale repose sur une idée simple : l’espace public est commun.

Commun, donc neutre. Commun, donc partagé. Commun, donc libéré des marqueurs de domination, qu’ils soient politiques, cléricaux ou communautaires.


Or le burkini n’est pas un simple vêtement. Il est l’expression visible d’un code normatif religieux spécifique sur le corps féminin.

On peut défendre le droit individuel de le porter. Mais prétendre que son refus dans un espace public réglementé serait une violence patriarcale relève d’un contresens philosophique.

Le patriarcat, historiquement, est le système qui régit le corps des femmes selon une norme religieuse ou sociale. Autoriser l’importation visible de cette norme dans un espace commun au nom de la tolérance, est-ce réellement un progrès ?

Ou est-ce un renoncement ?


L’illusion de l’émancipation par la différenciation

L’argument avancé est connu : interdire priverait certaines femmes d’un accès à l’espace social. Il faudrait donc adapter la règle commune à la norme particulière.

Mais une société tient précisément parce qu’elle ne s’adapte pas à chaque norme particulière.

Elle propose un cadre. Libre à chacun d’y entrer ou non.

La neutralité de l’espace public n’est pas une oppression. Elle est une protection.

Le danger contemporain n’est plus l’autorité rigide. Il est la fragmentation.

Chaque groupe revendique sa norme. Chaque revendication devient droit. Chaque droit fragmente le commun.

À la fin, il ne reste plus de commun.

Le progressisme paradoxal

Il y a dans ce débat un paradoxe troublant : ceux qui, hier, combattaient les prescriptions vestimentaires imposées aux femmes, défendent aujourd’hui leur visibilité religieuse au nom du multiculturalisme.

Au nom de quoi ?

D’un relativisme culturel qui renonce à affirmer que l’égalité homme-femme constitue un acquis non négociable.

L’émancipation n’est pas la multiplication des signes d’appartenance. Elle est l’universalité de la règle.

Le courage politique

La question n’est pas d’humilier. Elle n’est pas de stigmatiser. Elle n’est pas de traquer.

Elle est de savoir si nous avons encore la capacité morale de dire :dans l’espace public commun, la règle est la même pour tous.

Lorsque le politique hésite à défendre ce cadre par crainte d’être accusé d’intolérance, il ne fait pas preuve d’ouverture.

Il fait preuve de faiblesse.

Une société qui ne sait plus distinguer tolérance et abdication se condamne à l’effacement progressif de ses principes.


Ce que révèle ce débat

Ce débat ne porte pas sur la plage ou la piscine. Il porte sur la conception que nous avons de la liberté.

La liberté n’est pas l’absence de règle.

Elle est l’adhésion consciente à une règle commune.

Refuser la fragmentation communautaire n’est pas un renoncement aux droits des femmes. C’est au contraire affirmer que leur dignité ne dépend d’aucune prescription religieuse visible.

Et cela, philosophiquement, est tout sauf patriarcal.


Commentaires


bottom of page