La cité retrouvée : Genève, l’éclat discret d’une scène diplomatique en mouvement
- Rédaction Logos

- il y a 3 jours
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Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS

Dans un monde pris dans les frictions ouvertes, guerre, rivalités régionales, ruptures des cadres multilatéraux, la cité de Calvin revient à l’avant-plan de la diplomatie globale. Plus qu’un lieu de organisations internationales, elle devient le lieu, provisoire ou durable, d’un théâtre d’échanges qui dépassent les cadres institutionnels officiels, et qui nous invite à réfléchir sur ce qui constitue l’essence même de la « Genève internationale ».
Les actualités diplomatiques des derniers jours l’illustrent avec une simplicité presque ironique : alors que les organisations onusiennes sont fragilisées, contraintes de réduire leurs effectifs ou de revoir leurs présences territoriales, Genève réapparaît soudainement sur la carte des négociations, non pas comme le siège d’une institution supranationale intangible, mais comme un espace de rencontre où se négocient des réalités politiques lourdes.
Ainsi, le retour de Genève comme point de convergence diplomatique n’est pas d’abord celui de l’Organisation des Nations unies, mais celui des États et des acteurs politiques eux-mêmes. Sur le même jour peuvent se tenir des discussions séparées avec l’Iran en matinée et, dans l’après-midi, des négociations trilatérales entre la Russie, l’Ukraine et les États-Unis sur le conflit ukrainien.
Cette configuration paradoxale, une ville dont les institutions multilatérales voient leur poids institutionnel contesté, mais qui demeure une scène centrale de dialogues critiques, conduit à une double question philosophique
Qu’est-ce qui donne à un lieu sa force diplomatique ? Si l’autorité semblait autrefois résider dans l’universalité des institutions onusiennes, Genève démontre que le pouvoir d’un lieu peut aussi tenir à sa neutralité reconnue, à la confiance qu’il inspire, et à sa capacité d’incarner un espace de « bonnes offices » plutôt qu’une autorité normative. C’est ce savoir-être diplomatique, subtil, discret, souvent invisible, qui continue d’attirer des acteurs puissants et rivaux.
La diplomatie est-elle aujourd’hui un art sans institutions fixes ? Dans l’idéal kantien d’une paix perpétuelle, la diplomatie devait s’instituer dans des cadres légitimes et permanents. Or, ce que montre Genève aujourd’hui, c’est une émergence et une résilience de l’espace diplomatique comme pratique vivante, où des acteurs nationaux et supranationaux redéfinissent sans cesse les modalités de rencontre et de dialogue, parfois au-delà des institutions établies. On pourrait dire que les institutions perdent peut-être de leur omnipotence, mais que l’esprit de la diplomatie, c’est-à-dire la rencontre avec l’altérité et la tentative de compréhension mutuelle, reste vivace.
Ce retour de Genève sur la scène internationale ne doit donc pas être interprété
simplement comme un retour géographique ou institutionnel, mais comme un phénomène philosophique profond : la persistance d’un lieu qui continue d’incarner la possibilité de dialogue dans un monde fragmenté.
Au cœur de cette dynamique, Genève ne représente plus seulement l’ONU, mais un espace conceptuel de médiation, d’écoute et d’épreuve du politique.
Les événements à venir, qu’il s’agisse de négociations sur l’Iran ou de tentatives de médiation dans la guerre en Ukraine, sont des moments où cette capacité genevoise est mise à l’épreuve. Ils nous rappellent qu’au-delà des institutions formelles, ce qui fait une place dans le monde, c’est moins une légitimité juridique que la capacité collective à accueillir l’incertain, à confronter les tensions et à réfléchir ensemble à ce qu’il reste possible d’appeler « paix » ou « accord ».
Ainsi, Genève n’est peut-être pas « revenue » à l’ancien centre du multilatéralisme : elle repose sa présence sur une autre force, celle d’un lieu capable de penser la diplomatie comme une pratique ouverte, réinventée et continuellement négociée par ceux qui y siègent et s’y rencontrent, au-delà des sigles et des institutions.







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