Le Chênois : quand un journal perd son souffle, c’est un territoire qui retient sa respiration
- Rédaction Logos

- il y a 7 heures
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Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS

Il y a des objets qui en disent plus que ce qu’ils montrent.
Un journal, surtout lorsqu’il concerne trois communes qui partagent un même espace de vie, est de ceux-là.
Le Chênois n’est pas seulement un périodique : il est, en théorie, l’écho d’un territoire, le reflet d’une communauté à trois voix. Un témoin modeste, mais essentiel, de ce que nous sommes, ou de ce que nous devrions encore être.
Pourtant, depuis quelque temps, quelque chose a changé. Le souffle s’est raccourci.
Les pages se sont vidées. La respiration collective s’est faite plus discrète, presque hésitante, comme si les Trois-Chêne avaient perdu l’habitude de se dire.
Un journal qui perd son souffle n’est jamais un simple accident éditorial : c’est un symptôme. Et les symptômes, lorsqu’ils persistent, obligent à regarder autrement.
Le territoire existe, mais son récit disparaît
Nous vivons dans trois communes qui se traversent sans qu’on s’en aperçoive.
Les habitants circulent, se rencontrent, se mêlent. Les frontières sont administratives, pas humaines.
Et pourtant, l’étrange paradoxe demeure :alors que la vie circule, le journal qui devrait la raconter s’est figé.
Ce n’est pas qu’il se trompe : c’est qu’il n’ose plus nommer. Il ne raconte plus la tension, la transformation, les aspirations, les fractures, les espoirs. Il recopie, il aligne, il neutralise.
Un territoire peut être vivant et silencieux en même temps. C’est d’ailleurs souvent ainsi que commencent les oublis collectifs.
Lorsque le langage s’éteint, le tissu se défait
J’ai la conviction, peut-être naïve, mais profonde, qu’une communauté se maintient d’abord par les mots qu’elle accepte de partager. Un journal local n’est pas un décor : c’est une mémoire vivante, un espace où une région dit ce qu’elle voit, ce qu’elle désire, ce qu’elle redoute.
Or, aujourd’hui, il y a un vide. Pas un vide tragique, mais un vide insidieux, celui qui s’installe sans bruit.
On ne fait plus récit. On informe mécaniquement. On “communique”.
La communication s’est substituée à la parole. Le signal au sens.
Et c’est ainsi que les territoires s’amenuisent: non pas par crise, mais par oubli.
Le souffle : ce bien commun que l’on néglige
J’ai souvent pensé que la vie publique ressemblait à une respiration :elle demande une inspiration (le regard),et une expiration (le courage d’exprimer).
Lorsque l’un manque, tout se fige.
Aujourd’hui, Le Chênois inspire trop peu et expire trop rarement.
Il respire comme un organisme affaibli : lentement, discrètement, presque en apnée.
Ce constat n’est pas un reproche. C’est une invitation.
Reconstruire, non pas un journal, mais un espace commun
Le défi n’est pas d’ajouter des pages ou des graphiques. Le défi est de redonner un souffle, c’est-à-dire une intention, une vision, une curiosité.
Raconter les Trois-Chêne, ce n’est pas seulement décrire leurs activités :c’est éclairer leur mouvement, leurs tensions, leur devenir. C’est accepter que trois communes ne forment pas seulement un périmètre :elles forment un organisme.
Un organisme qui n’a pas besoin d’un miroir poli, mais d’un miroir honnête.
Et enfin, ce qui souffle encore peut renaître
Je ne crois pas aux défaites définitives. Un journal peut s’essouffler. Un territoire peut s’assoupir. Mais il suffit parfois d’un geste, d’un mot, d’un nouveau regard pour que la respiration revienne.
Le Chênois a perdu son souffle.
À nous, habitants, élus, lecteurs, de décider s’il doit retrouver un visage, un rythme, un sens.
Car un journal qui se tait finit toujours par entraîner dans son silence quelque chose de plus précieux :la conscience que nous formons un ensemble.
Et un ensemble qui se raconte respire déjà un peu mieux.




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