Genève: Plaques et procès d’intention
- Rédaction Logos

- 2 nov.
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Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS

À Genève, on aime graver des plaques.
Cela donne au geste politique une allure de vertu. Après tout, la pierre semble plus noble que le discours : elle dure plus longtemps.
Mais voilà que l’on a choisi, ce 29 septembre, de rappeler Michel Servet, brûlé vif en 1553 pour hérésie. Belle intention, dit-on. Mais de quoi s’agit-il vraiment ?
Car au-delà de l’hommage, il y a une mise en scène. Une partie de la classe politique s’empare de la figure de Servet non pour rappeler la fragilité de la liberté de conscience, mais pour régler ses comptes contemporains avec la religion.
Derrière l’éloge de la tolérance se cache parfois une hostilité larvée : frapper un adversaire vieux de cinq siècles pour atteindre les croyants d’aujourd’hui.
Graver le nom de Servet, c’est rappeler une injustice. Mais c’est aussi, pour certains, l’occasion de rejouer le procès de Calvin et, à travers lui, de tout ce qui ressemble de près ou de loin à une foi vivante.
On instrumentalise l’histoire pour brandir une arme symbolique : “Voyez ce que fait la religion quand elle domine.”
Or ce raccourci est dangereux. Car ce n’est pas la foi qui brûle les hommes, c’est l’intolérance. Et l’intolérance n’a pas besoin de religion pour prospérer : il lui suffit d’un dogme, d’un parti, d’une idéologie, d’une certitude.
Le stoïcien s’en méfierait : il sait que la vertu ne se proclame pas, elle se pratique. Une plaque peut instruire, mais elle peut aussi masquer. Servet mérite mémoire, mais pas récupération. Honorer sa souffrance, c’est rappeler la fragilité de toute liberté, pas se livrer à un exercice rhétorique contre tel ou tel culte.
Sinon, la plaque devient un miroir flatteur pour ceux qui la posent, non une boussole pour ceux qui la lisent.
Genève se félicite d’honorer aujourd’hui celui qu’elle a brûlé hier. L’histoire progresse : on ne brûle plus, on instrumentalise. On n’envoie plus les hérétiques au bûcher, on en fait des slogans.
Que Servet nous pardonne cette ironie : la plaque qu’on lui dédie n’éclaire pas seulement notre mémoire, elle révèle aussi nos hypocrisies.






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