L’homme qui lisait le monde, un volume à la fois
- Rédaction Logos

- 18 nov.
- 2 min de lecture
Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS

Il y a des héritages qui ne tiennent ni dans un testament ni dans un coffre.
Ils tiennent dans un geste. Un geste répété, silencieux, obstiné.
Dans les années 1970, mon père fit l’un de ces gestes qui tracent des lignes de vie :il acheta l’intégralité de l’Encyclopædia Universalis.
Pour beaucoup, c’était un meuble savant.
Pour lui, c’était une conquête.
Je le revois encore, et l’image ne s’effacera jamais, assis à la table de la salle à manger chaque dimanche matin. Le jour à peine levé, la maison encore dans le silence, il ouvrait un volume, puis un autre, comme d’autres ouvrent des fenêtres. Il lisait page après page, sans hâte, sans orgueil, avec cette joie tranquille de celui qui sait que chaque ligne l’agrandit.
Il n’y avait aucune mise en scène. Mon père ne lisait pas pour paraître cultivé. Il lisait pour être vivant. Pour comprendre. Pour continuer à apprendre alors que tant d’autres se contentent de répéter.
Et moi, enfant, je le trouvais toujours ainsi : penché sur le savoir, heureux, absorbé, assoiffé. Cette posture a façonné en silence ma propre manière d’habiter le monde. J’ai compris que la connaissance n’était pas une accumulation, mais un chemin. Un effort joyeux, un travail intérieur, une fidélité à ce qui nous dépasse.
Aujourd’hui encore, à chaque fois que je cherche, que je lis, que j’appris quelque chose de nouveau, je sens la présence de cet homme penché sur son encyclopédie, cet homme pour qui apprendre était une manière d’aimer le monde.
Ce n’est pas seulement un souvenir. C’est une direction. Un souffle. Un modèle qui continue d’imprimer mon présent.
Parce que certaines transmissions n’ont pas besoin de mots. Elles se font par la constance d’un geste.
Et celui-là fut un des plus beaux que j’aie reçus.
En hommage à mon père






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