Le marché sans nom
- Rédaction Logos

- 13 nov.
- 2 min de lecture
Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS

« Quand les mots se retirent, le réel s’affadit. » Hannah Arendt
Dans certaines communes genevoises, le « marché de Noël » s’appelle désormais marché de fin d’année. Changement anodin, dit-on. Et pourtant, c’est souvent dans ces glissements de mots que se révèle le mouvement profond d’une époque.
Car chaque mot porte un monde. Nommer, c’est faire exister. Effacer un mot, c’est altérer ce qu’il désigne. Lorsque le mot “Noël” s’efface, ce n’est pas seulement un signe religieux qui disparaît, c’est une mémoire, une chaleur, une continuité culturelle qui s’amenuise.
La société contemporaine tend à se méfier du symbolique. Tout ce qui dépasse l’immédiat lui paraît suspect : trop chargé, trop signifiant, trop “identitaire”. Alors on neutralise. On lisse. On croit apaiser les consciences, mais on assèche la langue et, avec elle, la profondeur de ce qui relie les êtres.
Pourtant, Noël n’est pas un dogme : c’est une métaphore universelle.
Celle de la lumière au milieu de la nuit, de la naissance au cœur du froid, de l’espérance dans le temps du doute. En retirer le nom, c’est comme vouloir célébrer la lumière en refusant d’évoquer le jour.
Une Cité vivante n’est pas une Cité qui gomme, mais une Cité qui assume :ses mots, ses symboles, ses saisons intérieures.
Ce n’est pas la neutralité qui fonde le vivre-ensemble, mais le partage du sens. Et ce sens se nourrit de mémoire.
Le marché de Noël n’est pas un souvenir folklorique : il est une trace de civilisation.
Il nous rappelle qu’une société a besoin de rites, de gestes, de signes, même modestes, pour ne pas se perdre dans l’abstraction.
Ce n’est donc pas le mot “Noël” qu’il faut craindre, mais le silence qu’on installe en le remplaçant.






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