Le silence des pantoufles
- Rédaction Logos

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Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS

Colère philosophique face au massacre d’une jeunesse
Il y a des moments où le silence n’est plus de la prudence. Il devient une faute.
En Iran, une jeunesse se lève et meurt. Elle meurt pour un geste simple : refuser la servitude. Refuser que le corps soit propriété de l’État. Refuser que la pensée soit surveillée. Refuser que la femme soit mineure à vie.
Et que faisons-nous ?
Nous analysons. Nous contextualisons. Nous relativisons.
La jeunesse iranienne, elle, ne relativise pas. Elle tombe.
La hiérarchie des indignations
Il existe aujourd’hui une étrange comptabilité morale.
Certaines victimes déclenchent des marées de tribunes. D’autres provoquent un silence poli.
Pourquoi ?
Parce que la liberté est devenue sélective. Parce que l’universel est devenu stratégique. Parce que certains régimes dérangent nos catégories idéologiques.
Lorsque le bourreau ne correspond pas au scénario attendu, la parole se fait prudente.
Et la prudence devient lâcheté.
On parle de géopolitique. On parle d’équilibres régionaux. On parle de complexité.
Mais une chose n’est pas complexe : un pouvoir qui tue sa jeunesse pour conserver le contrôle.
Le confort moral
Il y a pire que la brutalité d’un régime.
Il y a l’indifférence confortable de ceux qui savent.
Le confort des salons. Le confort des certitudes abstraites. Le confort de l’indignation calibrée.
Ce que certains ont appelé le « silence des pantoufles » n’est pas une simple absence de bruit. C’est une abdication morale.
Le philosophe stoïcien ne s’indigne pas par émotion. Il s’indigne par principe.
Or le principe est simple :lorsqu’un pouvoir écrase la liberté fondamentale d’un peuple, la parole doit être claire.
Sinon, elle devient décorative.
Une jeunesse qui nous regarde
Il faut oser poser la question.
Que penserait cette jeunesse iranienne si elle nous voyait ? Nous qui écrivons sur la liberté dans des pays libres. Nous qui analysons la tyrannie sans jamais en subir le poids.
Elle coupe ses cheveux en public comme acte de rupture. Elle descend dans la rue en sachant qu’elle peut ne pas rentrer.
Et nous ? Nous pesons les mots.
Il y a quelque chose d’indécent dans cet écart.
Le test de notre époque
Chaque époque a son test moral.
Le nôtre n’est pas économique. Il n’est pas technologique. Il est simple : sommes-nous encore capables de défendre la liberté quand elle ne sert aucun intérêt stratégique ?
La jeunesse iranienne se bat pour une idée élémentaire :la dignité humaine.
Si nous ne savons pas nous tenir à ses côtés, au moins par la clarté de la parole, alors notre humanisme n’est qu’un ornement.
La colère n’est pas la haine. La colère est la lucidité qui refuse l’anesthésie.
Ce qui se joue en Iran ne concerne pas seulement l’Iran. Cela révèle notre propre fatigue morale.
La jeunesse iranienne affronte les balles. L’Occident affronte… son canapé.
La question est simple : qui est vraiment libre ?







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