Les Palestiniens, un peuple manipulé
- Rédaction Logos

- 16 sept.
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Par Gilles Brand - Logos

Il est des peuples qui ne sont jamais autorisés à exister pleinement pour eux-mêmes.
Leur identité, leur histoire, leur souffrance et même leur avenir deviennent la matière première d’un récit écrit par d’autres.
Le peuple palestinien incarne tragiquement cette dépossession : il est à la fois présent partout dans les discours et absent de sa propre parole.
Hannah Arendt écrivait que « le mal, c’est avant tout la privation de monde ». Les Palestiniens vivent précisément cette privation : leur monde est constamment défini par d’autres dirigeants, puissances régionales, opinions extérieures.
La manipulation n’est pas seulement politique ; elle est existentielle. Elle transforme des vies singulières en figures collectives, des hommes et des femmes en emblèmes.
Albert Camus, dans L’Homme révolté, rappelait que la dignité d’un peuple réside dans sa capacité à dire « non » par lui-même, et non par la bouche d’autrui. Or, trop souvent, le « non » palestinien a été capté, déformé, utilisé comme instrument dans un jeu plus vaste que la survie quotidienne des enfants de Gaza ou de Ramallah.
La révolte n’est plus une affirmation de vie, mais un fétiche que d’autres manipulent.
Emmanuel Levinas, enfin, insistait sur la rencontre du visage de l’Autre comme fondement de l’éthique : « Le visage est ce qui nous interdit de tuer ». Mais le visage palestinien, comme tant d’autres dans l’histoire, a été effacé derrière l’abstraction d’un conflit. On ne voit plus le regard d’un individu ; on perçoit une masse indistincte, un symbole commode, qui justifie indifféremment la compassion ou l’hostilité.
Ainsi, le peuple palestinien est devenu le lieu d’une dépossession philosophique : on lui a volé le droit d’être sujet. La vraie libération ne résidera pas seulement dans des frontières, mais dans la restitution de ce droit fondamental : celui de dire « je » et « nous » en dehors des manipulations qui les enferment.
Peut-être que la paix, dans sa dimension la plus profonde, commence ici : lorsqu’un peuple, au-delà des symboles et des idéologies, retrouve le droit simple d’être reconnu dans son humanité irréductible.
Bibliographie philosophique
Hannah Arendt Les Origines du totalitarisme ; Condition de l’homme moderne
Albert Camus L’Homme révolté ; Actuelles
Emmanuel Levinas Totalité et infini ; Éthique et infini
Paul Ricoeur Soi-même comme un autre ; La mémoire, l’histoire, l’oubli






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