Mémoire des racines - Cimetière de Oderen
- Rédaction Logos

- 2 nov.
- 2 min de lecture
Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS

ll est un village accroché aux Vosges alsaciennes, où l’automne devient prière. Oderen.
Là où les montagnes serrent l’horizon comme pour empêcher l’oubli de se dissoudre trop vite dans la brume.
Ce week-end de Toussaint, les tombes ne sont pas des pierres : ce sont des portes.
Des portes très anciennes.
Des portes silencieuses.
Des portes qui ne s’ouvrent qu’à ceux qui acceptent de ne pas parler trop fort.
Mon grand-père et ma grand-mère reposent là. Et c’est étrange comme, dans ce cimetière, ils ne repose pas seulement dans la terre. Ils reposent dans l’air. Dans la couleur du ciel. Dans les sentiers de mousse. Dans le froissement des feuilles. Dans le souffle du vent qui descend des crêtes.
La Toussaint n’est pas du deuil. C’est la communion de ceux qui relient le temps.
Nous ne venons pas pour dire adieu. Nous venons pour dire encore.
Encore un regard intérieur, encore une gratitude silencieuse, encore un morceau d’existence offert à ceux qui nous ont précédés.
Il y a dans les Vosges alsaciennes une théologie de la simplicité. Une métaphysique de bois, de pierre, de villages minuscules, de vallées qui protègent presque les âmes comme le font les bras d’une mère.
C’est là que ma mémoire retourne. Et dans ce retour, il y a déjà un sens.
Le cimetière d’Oderen n’a pas besoin d’être grand pour être immense.
Il contient l’essentiel : Les noms, les racines, les lignées, le temps qui ne disparaît pas vraiment, il se transforme.
La Toussaint nous rappelle ceci : La mort n’est pas une frontière.
Elle est un lien. Et tant que l’on revient intérieurement vers ceux que l’on aime, tant que l’on pense à eux, tant que l’on porte leur héritage, ils ne sont pas partis. Ils continuent d’habiter notre manière d’être vivant.
Ici, dans Oderen, dans cette terre de silence et de forêts sombres, je comprends mieux que la mémoire n’est pas une peine. Elle est une forme de continuité. Une forme de fidélité. Une manière d’habiter le monde avec plus de densité.
Le cimetière, ce jour-là, devient un sanctuaire du sens.
Et le souvenir, un acte d’amour.






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