Pourquoi une partie de la droite, une fois élue, devient soudainement « gaucho-compatible » ?
- Rédaction Logos

- il y a 3 jours
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 23 heures

Par Georges Dunand - Journaliste citoyen LOGOS
Chroniqueur politique
Observateur méthodique de la vie publique genevoise, Georges Dunand analyse la politique sans effets de manche. Son style sec, précis et légèrement ironique démonte les discours convenus et expose les mécanismes réels du pouvoir local.
Une réflexion libre sur les métamorphoses du pouvoir.

Il existe, dans la vie politique, un paradoxe silencieux mais récurrent :
des élus qui se revendiquent de droite, parfois même très fermement, se mettent sitôt arrivés aux responsabilités, à défendre, tolérer ou adopter des positions que leurs électeurs associent spontanément à la gauche.
Certains y voient de la trahison.
D’autres, de l’opportunisme.
D’autres encore, une forme de conversion progressive.
La vérité, comme souvent, est plus subtile.
Le pouvoir modère ceux qui l’exercent : la logique institutionnelle
Être élu, ce n’est plus seulement promettre.
C’est tenir, composer, gérer, tenir compte, stabiliser.
Le pouvoir n’est pas une extension du militantisme :
c’est une fonction qui impose des contraintes.
Une fois installé dans l’institution, l’élu découvre :
– la machine administrative,
– les normes juridiques,
– les équilibres budgétaires,
– les rapports de force réels,
– la nécessité du compromis.
La droite, qui en campagne parlait de rupture, se retrouve à gérer la continuité.
Et la continuité est, structurellement, plus proche du statu quo que de la transformation.
Les institutions fonctionnent comme une force gravitationnelle.
Le confort du consensus : une tentation douce mais dangereuse
Un élu qui veut durer sait une chose :
le conflit permanent use, fatigue, isole et peut faire perdre la prochaine élection.
Résultat : on évite les vagues.
On cherche le consensus.
On s’ajuste au discours dominant.
Or dans certains milieux institutionnels, culturels, sociaux, éducatifs, le discours majoritaire est plutôt orienté à gauche.
La pression n’est pas brutale.
Elle est atmosphérique.
On l’inspire sans s’en rendre compte.
Peu à peu, un élu de droite se met à penser :
« Pour être raisonnable, il faut être comme tout le monde ici. »
Et il glisse doucement vers ce que ses électeurs appellent « gaucho-compatibilité ».
C’est la psychologie du conformisme statutaire.
La peur d’être stigmatisé : un mécanisme très contemporain
La droite, lorsqu’elle reste vraiment de droite dans certains domaines (sécurité, identité, ordre, rigueur économique), s’expose immédiatement à des étiquettes :
« réactionnaire »,
« populiste »,
« facho »,
« extrémiste »,
« nostalgique du passé ».
L’élu qui veut être apprécié dans les cercles médiatiques, culturels ou académiques ressent, consciemment ou non, la pression d’éviter ces stigmates.
Pour « passer », il gomme ses angles.
Il adoucit ses discours.
Il adapte son langage à celui de son environnement.
La peur de l’exclusion symbolique est plus forte qu’on ne l’imagine.
L’absence de colonne vertébrale idéologique : un mal de notre époque
Un autre facteur est plus intime :
beaucoup d’élus n’ont pas de véritable formation intellectuelle, philosophique ou doctrinale. Leur engagement a été tactique, opportuniste ou affectif, rarement structuré.
Résultat : une fois au pouvoir, ils n’ont pas de boussole.
Donc ils adoptent la boussole de leur environnement.
Montesquieu l’avait pressenti :
« Il faut de la force pour résister à l’air que l’on respire. »
Lorsque la droite n’est plus portée par une vision, elle absorbe celle qui domine autour d’elle.
Le piège du “pragmatisme” : quand la gestion devient dilution
Beaucoup d’élus de droite justifient leur glissement par un mot magique : pragmatisme.
Or, dans la bouche d’un élu fragilisé idéologiquement, le pragmatisme signifie souvent :
« S’aligner sur ce qui se fait déjà. »
Autrement dit : rester dans la continuité, ne pas déranger, ne pas heurter les services, ne pas changer les structures, ne pas brusquer les habitudes.
C’est confortable.
C’est consensuel.
C’est anesthésiant.
Mais ce n’est plus une orientation politique : c’est une gestion tiède.
La conclusion philosophique : la vraie droite n’est pas un décor, mais un effort
Être de droite, comme être de gauche, n’est pas une étiquette : c’est un exercice.
Un effort de cohérence.
Une fidélité intérieure.
Une capacité à résister à la pression ambiante.
Marc Aurèle écrivait :
« Le propre de l’homme de bien est de rester fidèle à lui-même. »
La « droite gaucho-compatible » apparaît lorsque cette fidélité se dissout.
Quand l’élu pense davantage à sa tranquillité qu’à sa mission.
Quand il confond modération et capitulation.
Quand il oublie qu’il a été élu pour porter une vision, non pour se fondre dans l’administration.
Au fond, le sujet n’est pas :
« Pourquoi deviennent-ils gaucho-compatibles ? »
Le vrai sujet est :
Pourquoi tant de responsables politiques manquent-ils de colonne vertébrale lorsqu’ils pénètrent dans le temple du pouvoir ?






Commentaires