Poètes
- Rédaction Logos

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Serge Lama et la mémoire verticale
Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS
Dans un monde qui court, Serge Lama a choisi de s’arrêter.
Avec l’album Poètes, il ne propose ni tubes, ni nostalgie facile. Il propose une traversée.
Une traversée de la langue française. Une traversée des voix qui l’ont élevée.
Une traversée de cette France qui parlait au ciel sans s’excuser d’être lyrique.
Ce n’est pas un disque. C’est un geste.
Chanter les poètes, aujourd’hui
Dans Poètes, Lama ne modernise pas. Il ne simplifie pas. Il ne vulgarise pas.
Il respecte.
Il laisse la langue respirer, avec ses hauteurs, ses détours, ses densités.
Dans une époque de phrases courtes et de slogans, entendre Mallarmé, entendre la poésie incarnée, c’est presque un acte de résistance.
Éternel Azur : une préférence intime
Parmi ces textes, j’ai une préférence.
Éternel Azur.
Il y a là quelque chose de plus qu’un poème mis en musique.
Il y a un combat.
L’Azur n’est pas un décor romantique. Il est une présence qui dérange.
Chez Stéphane Mallarmé, le ciel n’apaise pas. Il accuse.
Il rappelle l’idéal. Il rappelle l’exigence. Il rappelle que l’homme ne peut pas se contenter du sol.
Et Lama, en le chantant, ne l’adoucit pas. Il en garde la tension.
La France du vertige
Il fut un temps où la France produisait des poètes qui ne craignaient pas la hauteur.
La poésie n’était pas une décoration culturelle. Elle était une lutte intérieure.
Le XIXᵉ siècle a porté cette tension entre l’idéal et la matière, entre le ciel et la boue, entre l’infini et la fatigue humaine.
Éternel Azur concentre ce vertige.
Et peut-être est-ce cela qui me touche :cette impossibilité de fuir la verticalité.
L’Azur aujourd’hui
Nous vivons à ras de sol.
L’actualité nous plaque au présent immédiat. Les écrans saturent notre regard.
La profondeur s’efface derrière la vitesse.
Et voilà qu’un chanteur, au soir de sa vie, décide de remettre du ciel dans la langue.
Non pas par nostalgie. Mais par fidélité.
Fidélité à la grandeur de la poésie française. Fidélité à l’exigence du mot juste.
Fidélité à cette part d’élévation que nous tentons parfois d’oublier.
Transmission
Poètes n’est pas un album crépusculaire. C’est un acte de transmission.
Il rappelle que la culture n’est pas un divertissement. Elle est une colonne.
Une colonne qui soutient notre rapport au monde.
Lorsque Lama chante Éternel Azur, il ne célèbre pas seulement Mallarmé.
Il nous rappelle que nous avons besoin de lever les yeux.
Et que le ciel, même s’il nous accable parfois, est ce qui nous empêche de nous contenter du médiocre.
Peut-être que la grandeur d’une civilisation se mesure à cela :sa capacité à relire ses poètes, et à leur redonner voix.
Dans Poètes, Serge Lama ne fait pas revivre le passé. Il nous invite à ne pas perdre la hauteur.
Et pour ma part, c’est dans Éternel Azur que cette hauteur me parle le plus.







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