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Quand une société cesse de reconnaître ceux qui la portent

  • Photo du rédacteur: Rédaction Logos
    Rédaction Logos
  • 13 nov.
  • 3 min de lecture

Par Georges Dunand - journaliste citoyen


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Il existe des paradoxes administratifs. Et il existe des paradoxes moraux.

Le cas de la zone de développement genevoise relève des deux.


Car comment expliquer qu’un dispositif conçu pour loger les Genevois à prix contrôlé s’est transformé en mécanisme d’exclusion où près de 70 % des classes moyennes ne sont même plus autorisées à y accéder ?


Pas parce qu’elles seraient devenues riches. Pas parce qu’elles spéculent. Pas parce qu’elles possèdent.

Mais parce qu’elles vivent modestement de leur travail.


C’est là que commence la question philosophique :que dit d’une société une politique publique qui exclut précisément ceux qui la font tenir debout ?


Les classes moyennes ne font pas de bruit. Elles n’organisent pas de manifestations. Elles n’écrivent pas de tribunes enflammées. Elles paient leurs impôts, élèvent leurs enfants, soutiennent les associations, font tourner la cité.

Elles incarnent cette vertu ancienne évoquée par Aristote :la “mesotès”, la mesure, le juste milieu sans lequel la polis s’effondre.


Et pourtant, dans la zone de développement, elles deviennent administrativement invisibles.

Elles n’existent plus dans les barèmes. Elles n’existent plus dans les critères. Elles n’existent plus dans la logique du système.


Non parce qu’elles auraient changé, mais parce que la mécanique censée les protégera cessé de les regarder.


Une société juste n’est pas celle qui protège seulement les plus fragiles.

C’est celle qui protège tous ceux qui ne peuvent pas s’en sortir seuls, les fragiles et ceux que les anciens appelaient “le peuple utile” :les travailleurs, les artisans, les familles, les agents publics, les techniciens, les soignants, les employés.


Quand une politique du logement décide qu’un couple d’infirmiers, qu’un enseignant et une assistante sociale, qu’un technicien et une secrétaire gagnent “trop” pour être aidés,

elle ne fait pas une politique sociale :elle fabrique une politique de hiérarchie morale.

Le mérite n’a plus de valeur, le travail n’est plus une porte, la stabilité devient un critère d’exclusion.

C’est le contraire de la justice.


La zone de développement n’est plus un modèle : c’est devenu un mythe

Comme tous les mythes, il rassure. Il donne bonne conscience. Il raconte une histoire simple: le logement aidé d’un côté, le marché de l’autre.

Sauf que la réalité contredit le récit : la majorité de la population n’entre plus dans la première catégorie, et n’arrive pas à suivre la seconde.


La zone de développement n’a plus de lien avec le peuple réel.

Elle ne loge pas la société telle qu’elle est, mais la société telle qu’elle était autrefois.

Ce décalage n’est pas seulement administratif. C’est une rupture symbolique.


Une cité juste doit accueillir ceux qui la font vivre

La philosophie politique de la ville repose sur un principe ancien :ceux qui contribuent à la cité doivent pouvoir y habiter. C’est la base de la cohésion, de la confiance, du sentiment d’appartenance, de la stabilité démocratique.

Elle devient un instrument de division silencieuse.


Le courage de regarder ce qui est

Reconnaître que 70 % des classes moyennes n’ont plus le droit d’entrer dans la zone de développement, ce n’est pas attaquer la gauche, la droite, un modèle ou une tradition.

C’est reconnaître un décalage entre l’intention et la réalité. Entre le discours et la vie.

Entre le mythe et le monde.

Et c’est accepter une vérité simple :aucune politique publique n’est juste si elle oublie la majorité silencieuse.


Si Genève veut être une cité vivante, une cité équitable, une cité humaine, elle devra réapprendre à loger ceux qui la font tenir. Pas seulement par solidarité, mais par fidélité à un principe plus ancien que toutes nos lois :

Une communauté ne survit que si elle accueille ceux qui la servent.


1 commentaire

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YPAL
18 nov.
Noté 5 étoiles sur 5.

C'est comme en politique, chaque extrême est sûr d'avoir raison et d'imposer sa vision à tous les autres. C'est terrible de voir notre société se déliter et de perdre ce qui était notre force: le compromis, trouver une solutionm pragmatique qui satisfasse tout le monde.

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