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Rimbaud, ou la tentation du large

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    Rédaction Logos
  • il y a 2 heures
  • 2 min de lecture

Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS


Ce que Le Bateau ivre me dit encore


Il y a des poèmes qu’on lit. Et d’autres qui vous traversent.

Le Bateau ivre de Arthur Rimbaud fait partie de ceux-là.

Je ne l’ai jamais lu comme un simple exercice de virtuosité adolescente.

Je l’ai toujours reçu comme une confession déguisée.


Rompre les amarres

« Comme je descendais des Fleuves impassibles… »

À chaque lecture, je sens cette rupture initiale : les haleurs abattus, les cordes rompues, le bateau livré à lui-même.

Cette image m’interroge.

Qui n’a jamais rêvé de rompre ses amarres ? De ne plus être guidé ? De s’affranchir des cadres, des attentes, des regards ?

Il y a en moi, comme en chacun sans doute, ce désir de large.

De liberté sans entrave. D’horizon sans frontière.


L’ivresse de l’absolu

Rimbaud ne cherche pas un compromis. Il cherche l’infini.

Son bateau voit ce que « l’homme a cru voir ». Il traverse des cieux crevant en éclairs, des archipels sidéraux, des gouffres et des soleils d’argent.

Cette ivresse m’éblouit. Elle me fascine.

Elle me rappelle mes propres élans :écrire, m’engager, prendre position, croire qu’il faut aller plus loin, plus fort, plus haut.

La liberté est grisante.


Mais la liberté épuise

Et pourtant…

Le poème bascule. Le bateau se fatigue. L’absolu lasse.

« Je regrette l’Europe aux anciens parapets ! »

Ce vers me touche plus que les éclairs et les tempêtes.

Car il dit quelque chose d’essentiel :l’homme peut brûler toutes les limites, il finit par désirer un rivage.

Dans mon propre parcours, je le ressens aussi. On peut vouloir transformer le monde, interroger la société, secouer les certitudes…mais on a besoin d’un point d’ancrage.

Une commune. Une famille. Une responsabilité.

La liberté pure est vertigineuse. L’engagement, lui, donne forme à la liberté.


L’enfant au bord de l’eau

Et puis vient cette image bouleversante :l’enfant accroupi, lâchant un frêle bateau dans une flaque noire.

Après l’immensité cosmique, Rimbaud revient à un geste minuscule.

Je crois que tout est là.

Nous pouvons rêver d’archipels sidéraux. Mais ce sont les gestes simples qui donnent sens.

Écrire un article. Écouter un habitant. Défendre une idée avec constance.

Construire patiemment plutôt que dériver sans fin.


Ce que Rimbaud me rappelle

Le Bateau ivre n’est pas seulement un poème de liberté. C’est un poème sur la limite.

Il m’apprend que l’on peut aspirer au large sans mépriser le port.

Que l’on peut chercher l’infini sans renoncer à l’enracinement.

Que l’engagement n’est pas l’ennemi de la liberté, mais sa mise en forme.


Entre mer et rivage

Je ne veux pas que ma quille éclate. Je ne veux pas dériver sans retour.

Je veux tenir la barre.

Naviguer, oui. Explorer, oui. Mais savoir pourquoi.

Rimbaud a choisi l’exil et le silence. Moi, je choisis la parole et l’engagement.

Peut-être est-ce là ma manière de répondre au Bateau ivre :non pas fuir les amarres, mais les choisir.

Et continuer à regarder la mer, sans cesser d’habiter le rivage.




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