Genève: Référendum Seymaz Sud : la gauche entre orgueil et préjugé
- Rédaction Logos

- 20 nov.
- 3 min de lecture
Par Georges Dunand - journaliste citoyen LOGOS
« Ce qui aveugle n’est pas l’erreur, c’est la certitude. »

Il existe des combats politiques qui éclairent une société. Et puis il y en a d’autres qui la révèlent malgré elle.
Le référendum lancé contre le déclassement de Seymaz Sud appartient à cette seconde catégorie : non pas une bataille urbanistique, mais le miroir d’un malaise idéologique.
D’un côté, une réalité territoriale claire, documentée, cohérente. De l’autre, une gauche prisonnière de ses vieux réflexes, oscillant entre orgueil blessé et préjugés persistants.
L’orgueil : lorsque le dogme prime sur le terrain
Depuis des années, la gauche genevoise construit son identité sur une équation simple: zone de développement = vertu et zone ordinaire = menace.
Aucune nuance. Aucun examen. Un réflexe pavlovien, presque rituel.
Le déclassement de Seymaz Sud remet en cause ce récit. Il démontre qu’une zone ordinaire peut et doit être un outil pertinent lorsqu’un périmètre est déjà structuré, déjà habité, déjà doté d’un tissu foncier privé existant, et qu’un PLQ ou un autre outil d’aménagement peut encadrer l’ensemble.
Ce changement de paradigme a été vécu par une partie de la gauche comme une humiliation : un territoire qu’elle pensait « acquis », un processus qu’elle croyait verrouillé.
Le référendum devient alors moins un acte démocratique qu’un acte psychologique :refuser d’accepter d’avoir eu tort.
Les préjugés : une vision fantasmée du territoire
Le débat sur Seymaz Sud n’a jamais été un débat sur la réalité. Il a été un débat sur l’imaginaire.
On y a vu ressurgir tous les clichés hérités des années 70 :
« spéculation »,
« cadeaux aux propriétaires »,
« quartier pour riches »,
« trahison du peuple ».
Des slogans que rien ne justifie.
Les faits, eux, sont têtus : Seymaz Sud n’est ni un champ vierge ni un parc national.
C’est un secteur déjà urbanisé, doté d’infrastructures, de parcelles privées, d’un potentiel de densification maîtrisée et déjà reconnu par l’État.
Imaginer que ce périmètre pourrait rester figé dans un état semi-rural relève du mythe. Imaginer qu’il deviendrait, par magie, une enclave de luxe relève d’un fantasme.
Mais voilà : les préjugés rassurent. La réalité, elle, dérange.
Le référendum : la fuite devant la complexité
Si la gauche avait eu le courage du réel, elle aurait admis trois choses simples :
Densifier Genève est inévitable. Pas dans les zones déjà saturées, mais dans les secteurs intermédiaires où l’urbanisation existe déjà.
La zone ordinaire offre une qualité supérieure. Moins rigide, plus flexible, plus cohérente lorsqu’un tissu privé est dominant.
L’État a agi avec légitimité. Études, consultations, cohérence du plan directeur, le processus est solide.
Mais reconnaître cela, c’était reconnaître que le référentiel idéologique gauche/droite sur le logement ne fonctionnait plus.
Alors on fuit. On déplace le débat. On accuse. On dramatise.
Le référendum n’est plus un outil :c’est un refuge.
Au fond, une question : qui a peur de la réalité ?
Seymaz Sud n’est pas seulement un débat urbanistique. C’est un révélateur politique.
La gauche genevoise n’affronte pas la question du logement comme un défi collectif, mais comme un champ de bataille symbolique où il faut sauver une doctrine, même lorsqu’elle ne correspond plus au terrain.
Ce référendum dit une chose simple et grave :une partie de la gauche préfère perdre le réel plutôt que perdre la face.
La maturité politique : accepter que le monde change
Reconnaître la nécessité du déclassement de Seymaz Sud, ce n’est pas être de droite.
Ce n’est pas être libéral. Ce n’est pas être conservateur.
C’est être lucide.
Le territoire n’obéit pas aux dogmes. La démographie ne négocie pas. Le besoin de logements ne disparaît pas sous les slogans.
La politique est grande lorsqu’elle renonce à ses illusions. Elle est petite lorsqu’elle se crispe sur ses mythes.
Entre orgueil et préjugé, un rendez-vous manqué
Seymaz Sud aurait pu être un exemple de coopération intelligente :propriétaires, État, commune, habitants, partis politiques unis autour d’un projet clair, encadré, anticipé.
La gauche a choisi autre chose :le réflexe plutôt que la réflexion.
Mais la vérité finit toujours par s’imposer. Et l’histoire retiendra ceci :à Seymaz Sud, ce n’est pas le territoire qui a failli, c’est la politique de gauche qui a manqué son rendez-vous avec la réalité.






C’est très clair, la gauche se trompe de combat et fait du mal en insultant les propriétaires.