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Tribune: De Marc Aurèle aux Verts, penser le climat sans céder au dogme

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    Rédaction Logos
  • 14 oct.
  • 2 min de lecture

Par Gilles Brand - Rédacteur LOGOS


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Rome a connu, comme nous, son âge d’or climatique. Ce que les climatologues nomment aujourd’hui l’“optimum climatique romain”,entre 200 av. J.-C. et 150 ap. J.-C. fut une période de températures stables, de récoltes abondantes, d’expansion agricole et démographique. Cette stabilité naturelle a permis à l’Empire romain de s’étendre, de commercer, de bâtir. Bref, de respirer en paix.


Mais cette paix était fragile.

L’historien Kyle Harper, en croisant les données paléoclimatiques, archéologiques et textuelles, montre qu’à partir du règne de Marc Aurèle, ce climat si favorable se dérègle : les saisons deviennent imprévisibles, les sécheresses plus fréquentes, les récoltes incertaines. Dans le même temps, Rome subit une peste foudroyante, importée par les voies commerciales qui assuraient autrefois sa richesse. Ainsi, la biosphère elle-même devient un acteur politique.


Et pourtant, Marc Aurèle ne crie pas à la fin du monde. Il tient, stoïquement, sa position : lucide sur ce qu’il ne peut contrôler, concentré sur ce qui dépend encore de lui. Il ne promet pas un salut technique, ni une croisade morale. Il appelle à la mesure, à la maîtrise de soi, au courage et à l’ordre. Il ne panique pas. Il gouverne.


Ce que cette histoire nous enseigne, ce n’est pas la fatalité d’un effondrement climatique. C’est la fragilité des sociétés humaines face à des forces qu’elles ne maîtrisent jamais complètement, et surtout la nécessité d’une réponse non idéologique à ces défis.


Aujourd’hui, dans notre monde bouleversé par le dérèglement climatique, les Verts nous parlent souvent comme si le ciel allait nous tomber sur la tête. Ils invoquent l’urgence à chaque virage, assignent des culpabilités, construisent des discours binaires : les “conscients” contre les “négationnistes”, la décroissance ou l’apocalypse.


Mais ce catastrophisme politique, loin d’éclairer, paralyse. Il affaiblit le consentement populaire, en transformant des enjeux systémiques complexes en slogans moralisateurs. Il empêche la nuance, la hiérarchisation des priorités, l’invention de solutions ancrées dans le réel.


Nous avons besoin d’un écologisme lucide et non dogmatique, un écologisme marc-aurélien, qui reconnaît la gravité de la situation sans sombrer dans l’hystérie. Un écologisme qui sait que la nature est instable par essence, qu’il n’y a pas d’équilibre éternel à préserver, mais seulement des ajustements permanents à opérer.


Ce n’est pas l’angoisse qu’il faut nourrir, mais la constance. Pas la peur, mais la responsabilité. Le stoïcisme politique n’est pas l’indifférence, c’est la force intérieure qui permet d’agir sans céder au vertige de la panique.


Il est temps de sortir du moralisme vert et de l’économie de la peur. Il est temps de penser le climat non comme une fin du monde annoncée, mais comme un défi de civilisation, à la manière de Rome : fragile, complexe, et néanmoins capable de se relever, si elle sait tenir bon dans la tempête.


Comme l’écrivait Marc Aurèle :

“Le monde est changement ; la vie est ce que tu en fais.”

À nous de ne pas en faire un champ de bataille idéologique, mais un terrain de sagesse et de construction partagée.


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