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Édito​, L’art du soin, la perte du sens

  • Photo du rédacteur: Rédaction Logos
    Rédaction Logos
  • 13 oct.
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 14 oct.

Par Gilles Brand - rédacteur LOGOS


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« Difficile cette administration en ces temps troubles… », confiait récemment un chirurgien genevois.

Et de poursuivre : « Les assurances changent sans cesse les règles, il n’y en a même plus de claires. On navigue à vue. »

Ces mots, simples et directs, valent plus qu’un constat : ils sont le symptôme d’un désordre moral. Car lorsque celui qui soigne ne sait plus à quelles règles obéir, ce n’est pas seulement le système qui chancelle, c’est la confiance elle-même, ce lien invisible qui fait tenir une société.


La médecine, autrefois art du soin, devient gestion du flux. Le praticien, autrefois porteur d’un savoir, devient administré d’un protocole. L’humain, autrefois au centre, devient la variable d’un modèle économique sans boussole.


« Naviguer à vue », l’expression dit tout : la perte de repères, l’absence de direction, le brouillard des normes mouvantes. Mais elle dit aussi quelque chose de plus profond : la résilience d’une main qui tient encore le gouvernail malgré la tempête.


Le chirurgien continue, malgré tout. Il soigne, il improvise, il s’adapte. C’est là, précisément, que réside la grandeur stoïcienne : dans la capacité à agir droit dans un monde tordu.


La philosophie nous apprend que la clarté ne vient pas toujours des règles, mais du regard. Ce que la bureaucratie brouille, la conscience peut encore éclairer.


Face à la confusion des assurances et des formulaires, il reste la constance intérieure, celle du professionnel qui, même perdu dans le labyrinthe administratif, ne perd pas de vue le malade.

Genève, cité du droit et de la raison, devrait entendre ce cri venu du bloc opératoire : celui d’un homme qui dit, avec calme, que le système de santé s’éloigne du soin.


Le remède ne sera pas un nouveau règlement, mais une réorientation morale, remettre la finalité avant la procédure, le patient avant le code, la lumière avant le protocole.


Naviguer à vue, oui, mais en gardant le cap du sens.


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